Un rapport de l’ONU dénonce les comportements des casques bleus en mission

Le Monde.fr | 12.06.2015 à 11h35 • Mis à jour le 12.06.2015 à 15h00

Des casques bleus à Port-au-Prince, en 2009. | THONY BELIZAIRE / AFP

Dix ans après la sortie du « rapport Zeid » qui explorait des mesures concrètes pour éliminer les cas d’exploitations sexuelles dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, rien n’a changé ou presque. « Des casques bleus ont échangé de l’argent, des bijoux, du parfum, des téléphones contre des faveurs sexuelles », note un rapport du bureau des enquêtes internes de l’ONU, à paraître la semaine prochaine. Le code de conduite de l’organisation prohibe pourtant strictement les rapports sexuels en échange de nourriture, d’argent ou de tout autre bien matériel. L’institution réprouve par ailleurs fermement depuis 2003 les relations sexuelles entre les casques bleus et les populations qu’ils sont censés protéger, sans pour autant les interdire, ce qui laisse une marge d’interprétation aux soldats déployés sur le terrain.

Or, le rapport note que deux opérations de maintien de la paix en Haïti (Minustah) et au Liberia (Minul) « démontrent que ces échanges à caractère sexuels sont répandus, sous-estimés et pas assez dénoncés. » Selon le document, 231 femmes haïtiennes ont indiqué avoir eu des relations sexuelles avec des casques bleus en échange de biens matériels. Le rapport note que les conditions qui encouragent ce type d’exploitation sont « la faim et la pénurie de produits de première nécessité et de médicaments ». Seulement sept femmes avaient connaissance de la politique de « tolérance zéro » des Nations unies sur les abus sexuels. Et aucune ne connaissait l’existence d’une ligne téléphonique pour dénoncer de tels abus.

« NAMING AND SHAMING »

D’après une autre enquête menée à Monrovia (Liberia) auprès d’un échantillon de 489 femmes âgées de 18 à 30 ans en 2012, « plus d’un quart (…) avaient procédé à des transactions sexuelles avec les casques bleus, généralement pour de l’argent. » Le rapport estime par ailleurs que le nombre de préservatifs distribués pour éviter les risques d’infection au VIH laisse penser « que les relations sexuelles entre les casques bleus et la population locale sont très répandues ».

Entre 2008 et 2013, 480 cas d’abus ou d’exploitations sexuelles ont été recensés au sein des Nations unies, et un tiers de ces cas implique des mineurs. Pour la première fois dans un rapport, le bureau des enquêtes internes pratique la politique du « naming and shaming » qui consiste à nommer et dénoncer les pays dont les ressortissants se sont rendus coupables de tels actes. Quatre pays sont particulièrement concernés : le Pakistan, l’Uruguay, l’Afrique du Sud, et le Nigeria. Ces accusations visent en premier lieu les militaires. Mais les civils (17 % du personnel des missions), représentent 33 % des accusations.

« Malgré une baisse continue du nombre de plaintes, qui s’explique en partie par une sous-estimation du nombre de cas, l’efficacité de la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels est entravée par une organisation complexe et la lenteur de l’organisation à enquêter et à venir en aide aux victimes », note le bureau des enquêtes internes.

Le rapport estime que les investigations menées sur ces accusations prennent « beaucoup trop de temps » (seize mois de délai en moyenne). L’ONU doit par ailleurs s’en remettre aux pays d’origine des coupables et aux juridictions nationales pour les sanctions, ce qui entraîne « de très grandes disparités selon les Etats ».Les civils sont le plus souvent congédiés tandis que soldats et policiers sont renvoyés dans leur pays avec interdiction de participer à une autre mission onusienne. Cette enquête sort à un moment où l’ONU est vivement critiquée pour sa gestion des accusations de viols de mineurs commis en Centrafrique par des soldats français, tchadiens et équato-guinéens. Mais elle ne revient pas sur cette affaire.

Par Marie Bourreau (New York, Nations unies, correspondance)

Source: Le Monde.fr

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Published in: on junho 21, 2015 at 9:41 pm  Deixe um comentário  

Les préconisations d’experts pour réformer la mission des casques bleus

Le Monde.fr avec AFP | 17.06.2015 à 00h54 • Mis à jour le 17.06.2015 à 08h31

dapter l’ensemble des opérations de maintien de la paix de l’ONU aux nouveaux conflits, tel est l’objectif que s’est fixé un rapport d’experts rédigé sous la direction du Prix Nobel de la paix, José Ramos-Horta.

Commandé l’an dernier, avant une série d’accusations de scandales sexuels impliquant des casques bleus, le document, remis mardi 16 juin au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, ambitionne de réviser, pour la première fois depuis quinze ans les missions des soldats de l’ONU.

« PÉRIODE NOIRE »

Selon un résumé obtenu par l’AFP, il recommande notamment d’exclure des missions de maintien de la paix les pays qui bafouent les droits des enfants dans les conflits armés, afin d’éliminer le risque que des casques bleus ne commettent des abus sexuels.

L’ONU met à jour chaque année une « liste de la honte » des armées ou milices coupables de telles exactions. Elle comprend actuellement huit pays dont la Syrie, le Soudan du Sud, le Yémen et la République démocratique du Congo. La même exclusion devrait s’appliquer aux pays dont les armées en campagne commettent régulièrement des violences sexuelles dénoncées par l’ONU, ajoute le rapport.

Sur les exactions commises par les militaires des pays contributeurs de troupes, le texte suggère de rendre publiques les sanctions prises ainsi que de dénoncer l’absence de sanctions. « Personne ne devrait être au-dessus des lois », a affirmé M. Ramos-Horta à la presse tout en reconnaissant une contradiction : l’ONU est forcée de s’en remettre au pays d’origine des coupables pour les sanctionner.

Le rapport veut aussi accélérer les enquêtes — qui ne devront pas dépasser six mois, au lieu de seize mois en moyenne aujourd’hui — et créer un « programme efficace et bien financé d’aide aux victimes »La récente série de scandales impliquant des casques bleus « est la pire chose qui puisse arriver pour la crédibilité de l’ONU », a estimé M. Ramos-Horta, parlant de « période noire ».

MISSIONS D’UN NOUVEAU GENRE

Sur la refonte des missions des casques bleus de manière générale, le rapport observe que depuis la dernière révision de celle-ci, la donne a changé : aujourd’hui les soldats de l’ONU sont la cible d’attentats extrémistes, comme au Mali, ou d’enlèvements par des groupes armés, comme sur le plateau du Golan.

En quinze ans, les crises régionales se sont par ailleurs multipliées et le nombre de casques bleus a grimpé (près de 130 000 hommes, contre 20 000 il y a quinze ans, pour un budget de 8 milliards de dollars). Leur mandat est aussi plus complexe : ils doivent protéger les civils mais aussi aider les pays hôtes à préparer des élections.

Le rapport recommande ainsi de créer une force onusienne de déploiement rapide « de taille modeste » pour renforcer les missions en cas d’urgence mais rejette l’idée d’impliquer l’ONU dans des opérations antiterroristes.

Il invite par ailleurs les pays développés ou émergents à fournir davantage de fonds et de soldats aux missions, qui s’appuient souvent sur des contingents de pays en développement (Bangladesh, Pakistan).

Enfin, il estime souhaitable une présence plus grande des femmes dans les opérations et préconise le déploiement d’experts en droits de l’homme afin que les missions fassent dans ce domaine des « rapports réguliers et publics ».

Fonte: Le Monde. 

Published in: on junho 21, 2015 at 9:31 pm  Deixe um comentário